Cartes anciennes : lire, dater, collectionner

Cartes anciennes : lire, dater, collectionner

Une carte ancienne devient collectionnable quand elle reunit trois qualites verifiables : une edition identifiable, un etat de conservation honnete et un interet documentaire ou decoratif. Sa valeur se lit ensuite sur le marche, entre quelques dizaines d’euros pour une planche courante du XIXe siecle et plusieurs milliers pour une edition originale du XVIIe siecle en bon etat. Le prix ne tient donc pas au seul age du papier, mais a la rarete de l’etat tire et a la demande pour la region representee.

Qu’est-ce qui rend une carte ancienne collectionnable ?

Quatre criteres reviennent dans toutes les expertises. D’abord l’edition : une meme gravure peut avoir connu dix tirages, et le premier tirage, dit etat original, vaut souvent plusieurs fois le dernier. Ensuite l’etat materiel : mouillures, rousseurs, dechirures restaurees, marges rognees. Une carte rognee au ras du trait perd une part importante de sa valeur, car les marges portent l’essentiel des informations d’edition. Vient le sujet : une vue de Bretagne, de Normandie ou d’un port atlantique trouve preneur aupres des amateurs regionaux, ce qui soutient les prix. Enfin la main : un cartographe celebre, un graveur reconnu ou un editeur de premier rang font monter la demande.

La question de la valeur se traite par comparaison. Les catalogues de ventes publiques, les bases de resultats d’adjudication et les inventaires de bibliotheques numerisees donnent des reperes chiffres. Une planche isolee d’un atlas courant des annees 1850 se negocie souvent entre 20 et 80 euros. Une carte de province francaise gravee au XVIIe siecle, en bel etat, se situe plutot entre 150 et 600 euros. Au-dela, on entre dans les pieces de choix : grands atlas flamands, cartes murales, premieres representations d’un littoral. Pour se former l’oeil, un journal specialise comme la revue de cartographie ancienne decrit les planches une par une, auteur, date, contenu et interet documentaire.

Comment lire le cartouche et les marges d’une vieille carte ?

Le cartouche est le panneau decoratif qui porte le titre. Il n’est pas qu’ornemental : il donne le nom de l’auteur, celui du graveur, celui de l’editeur, parfois la date et le lieu de publication. Un cartouche complet permet d’identifier l’edition sans ambiguite. Son style aide aussi a dater : cartouche architectural a volutes au XVIIe siecle, encadrement plus sobre au XVIIIe, cartouche romantique au XIXe.

Les marges livrent le reste. En bas, l’echelle des distances, souvent en lieues, parfois en milles, et une legende des symboles. A droite ou a gauche, une graduation de latitudes. Sous le cadre, une ligne de privilege royal indique que l’editeur avait l’autorisation de publier, mention frequente aux Pays-Bas et en France. Une mention de graveur, du type « grave par », designe celui qui a taille la planche de cuivre, distinct de l’auteur du lever. Enfin, un numero de planche en haut a droite signale l’atlas d’origine : il permet de retrouver l’ouvrage complet et de verifier si la carte en a ete detachee.

Qui etait Nicolas Visscher et pourquoi les cartes neerlandaises comptent ?

Nicolas Visscher, en neerlandais Nicolaes Visscher, appartient a une famille d’editeurs actifs a Amsterdam du XVIIe au debut du XVIIIe siecle. Le pere, Claes Janszoon Visscher, fonde l’atelier au debut du XVIIe siecle. Son fils Nicolas poursuit l’activite et publie des cartes et des atlas qui circulent dans toute l’Europe. La famille occupe une place de premier plan dans ce que l’on appelle l’age d’or de la cartographie neerlandaise, aux cotes de Blaeu, Janssonius et Hondius.

Pourquoi cette production compte-t-elle ? Parce qu’Amsterdam est alors le centre europeen du commerce des cartes. Les ateliers y disposent de cuivre de qualite, de graveurs formes et d’un reseau de vente maritime qui diffuse les planches jusqu’en Amerique. Les cartes neerlandaises du XVIIe siecle sont aussi des documents economiques : elles montrent les routes maritimes, les comptoirs, les cotes frequentees par la Compagnie des Indes orientales. Une carte de Visscher se reconnait a son cartouche soigne, a sa typographie et a la mention de l’atelier. Les reeditions sont nombreuses, ce qui oblige a examiner l’etat de la planche : usure des traits, corrections ajoutees, adresse d’editeur modifiee.

Comment dater et authentifier une carte sans se tromper ?

La datation repose sur des indices cumules, jamais sur un seul. Le papier d’abord : filigrane visible en transparence, chainettes et vergeures pour le papier chiffon ancien, aspect plus lisse pour les papiers industriels du XIXe siecle. Le trait ensuite : une gravure sur cuivre donne un trait net, legerement en relief, tandis qu’une reproduction offset est plate et reguliere. Les couleurs ensuite : l’aquarelle ancienne passe sous le trait de gravure, une colorisation moderne deborde souvent par-dessus. L’adresse de l’editeur enfin : elle change au fil des successions, et ces changements servent de jalons chronologiques.

L’authentification serieuse compare l’exemplaire a des etats repertories. Les grandes collections publiques ont numerise leurs fonds, ce qui permet de confronter marges, cartouches et mentions. Un examen a contre-jour, une loupe et une lumiere rasante suffisent souvent a distinguer un tirage ancien d’une reimpression. En cas de doute sur une piece couteuse, l’avis d’un libraire specialise ou d’un commissaire-priseur reste la voie la plus sure.

Comment conserver une carte ancienne chez soi ?

La conservation tient a trois ennemis : la lumiere, l’humidite et les manipulations. Une carte encadree doit etre placee loin d’une fenetre exposee au sud, avec un verre filtrant les ultraviolets et un montage qui evite tout contact direct avec le verre. Le papier ancien respire : un passe-partout de qualite, sans adhésif, vaut mieux qu’un collage. Les pieces de valeur se rangent a plat, dans une chemise sans acide, a l’abri d’un taux d’humidite stable. Le pliage est a proscrire, il casse les fibres et laisse des marques definitives.

Pour les cartes de travail, la numerisation a haute resolution rend de grands services : elle permet de consulter l’original sans le sortir, et de comparer les etats a l’ecran. Les enseignants y trouvent aussi de quoi faire travailler les eleves sur l’evolution d’un littoral, d’une ville ou d’une frontiere.

Ou voir et etudier des cartes anciennes en France ?

La Bibliotheque nationale de France conserve le fonds cartographique le plus vaste du pays, en partie numerise et consultable en ligne. Les archives departementales gardent des cartes locales, souvent liees a la propriete et aux travaux publics. Les bibliotheques municipales de ports, Saint-Malo, Nantes, Bordeaux, possedent des fonds maritimes riches. Du cote breton, les cartes de la cote d’Emeraude et de la vallee de l’Arguenon apparaissent dans les atlas des XVIIe et XVIIIe siecles, ce qui interesse autant l’historien que l’amateur de patrimoine local.

Ces fonds servent aussi a verifier une piece avant achat : une carte de Bretagne proposee en vente peut etre comparee a l’exemplaire conserve, planche par planche. C’est la methode la plus fiable pour eviter les surprises et pour comprendre ce qu’une feuille ancienne raconte du territoire qu’elle represente.

Les cartes anciennes montrent aussi ce que les habitants voyaient circuler sur les routes. Un collectionneur attentif y repere les voies, les foires et les relais, indices utiles pour dater une feuille. Le meme regard s’applique aux vehicules anciens presentes lors des rassemblements bretons. La page voitures de collection decrit ces rendez-vous, avec des reperes pour les visiter, les photographier et comprendre leur place dans le patrimoine local. Cartes et automobiles anciennes partagent ainsi un meme terrain : la memoire des deplacements et des lieux.