La filokartie est la collection de cartes postales, anciennes ou modernes, achetees, echangees ou trouvees. Elle se pratique par themes, par lieux ou par editeurs, et elle demande surtout une methode de classement et un budget tenu. Le collectionneur debutant peut commencer avec quelques dizaines de cartes et une boite de rangement.
Qu’est-ce que la filokartie et quelles sont ses branches ?
Le mot vient du grec philos, celui qui aime, et de karte, le carton. La filokartie designe donc l’amateur de cartes postales, par analogie avec la philatelie, l’amateur de timbres. Le terme est apparu au XIXe siecle, en meme temps que la carte postale elle-meme, dont la diffusion de masse date des annees 1900 en Europe.
La discipline se divise en branches selon le critere de tri retenu. La branche topographique classe les cartes par commune, par rue ou par monument : c’est la plus courante en France et en Bretagne, ou chaque village a ses vues anciennes. La branche thematique regroupe les metiers, les modes de transport, les scenes militaires, les fetes, les animaux. La branche par editeur s’interesse aux firmes qui ont imprime les cartes, a leurs numeros de serie et a leurs variantes. La branche philatelique voisine, celle des timbres et des marques postales, sert souvent d’appui pour dater une carte. Une derniere branche, dite des ephemeres, rassemble les cartes publicitaires, les cartes de voeux et les documents imprimes de circonstance.
Ces branches ne s’excluent pas. Un meme cartophile peut suivre une commune, un editeur et un theme. Le choix de la branche determine ensuite tout le reste : ou chercher, quoi payer, comment ranger. Les collectionneurs tcheques ont developpe une pratique proche, la filokartie, avec ses echanges entre amateurs et ses ventes aux encheres de cartes et de timbres, dont les filokartie obory gardent la trace dans les archives du web.
Comment debuter une collection de cartes postales anciennes ?
La premiere etape consiste a choisir un cadre etroit. Une commune, un quartier, une rue, un theme precis : le cadre evite l’achat au hasard et rend la collection lisible. Un debutant qui annonce « je collectionne les cartes de ma ville » trouvera plus facilement des pieces qu’un debutant qui annonce « je collectionne les cartes anciennes ».
La deuxieme etape est l’apprentissage du regard. Avant d’acheter, il faut savoir reconnaitre une carte d’epoque d’une reedition. Trois indices servent : le papier, qui est souvent cartonne et legerement jauni sur les tirages anciens ; l’impression, qui peut etre lithographique, phototypique ou en demi-teintes ; et le dos, qui porte ou non la mention « Carte postale » et un emplacement pour l’adresse. Une carte circulée, avec timbre et oblitteration, apporte une date et un lieu de passage.
La troisieme etape est le terrain. Les brocantes, les vide-greniers, les ventes de successions et les bourses de collectionneurs restent les sources les plus accessibles. Les cartes y sont souvent vendues en vrac, a l’unite ou par lots. Les archives municipales et les bibliotheques conservent aussi des fonds consultables sur place, utiles pour comparer et pour identifier un editeur.
La quatrieme etape est le classement immediat. Une carte achetee et non classee est une carte perdue. Un classeur a pochettes plastiques sans acide, range par commune ou par theme, suffit pour commencer. L’inventaire, meme sur un simple cahier, note le lieu, l’editeur, la date estimee et le prix paye.
Comment fixer un budget pour une collection de cartes postales ?
Le budget se decide avant les achats, pas apres. Une somme mensuelle fixe, meme modeste, suffit pour progresser : le marche des cartes courantes est abondant et les prix unitaires restent bas pour les vues ordinaires. Les cartes rares, elles, se paient selon la demande locale, l’etat et la circulation.
Trois regles simples evitent les derives. La premiere est de separer le budget courant du budget d’exception : une enveloppe pour les achats reguliers, une autre, alimentee plus lentement, pour la piece rare. La deuxieme est de refuser l’achat en lot sans avoir verifie le contenu : un lot de cent cartes peut contenir quatre-vingt-dix doublons. La troisieme est de noter chaque prix paye, pour connaitre la valeur reelle de sa collection et pour negocier en connaissance de cause.
L’etat de la carte pese lourd dans le prix. Une carte froissee, tachee, decoupee ou collee perd l’essentiel de sa valeur, sauf si elle est rare. Une carte non circulée, vierge au dos, vaut souvent moins qu’une carte circulée qui porte une date certaine. Le debutant a donc interet a privilegier les cartes en bon etat et a laisser passer les pieces abimees, qui encombrent un classeur sans rien apporter.
Quels themes et quels lieux choisir en Bretagne ?
La Bretagne offre un terrain riche. Les stations balneaires, les ports, les gares, les eglises et les chapelles ont ete photographies et imprimes en grand nombre entre 1900 et 1930. Les communes du littoral, de Saint-Malo a Saint-Cast, ont produit des series importantes, souvent signees par des editeurs locaux ou parisiens. L’interieur des terres, autour de l’Arguenon et de la Hunaudaye, offre des vues de bourgs, de fermes et de chateaux plus dispersees, donc plus interessantes a reunir.
Le theme des travaux des champs, des foires et des pardons attire les collectionneurs d’histoire locale. Le theme des naufrages et des sauvetages en mer, plus rare, se paie plus cher. Le theme des monuments, lui, rejoint parfois la documentation des inventaires du patrimoine : certaines cartes anciennes servent de source photographique pour des edifices disparus ou transformes.
Un collectionneur qui se limite a une commune peut viser l’exhaustivite, ce qui est impossible a l’echelle d’un departement. Cette limite est une force : elle rend la recherche finissable et le budget maitrisable.
Comment conserver et faire vivre sa collection ?
La conservation repose sur trois ennemis a ecarter : la lumiere, l’humidite et les matieres acides. Les cartes se rangent a l’abri du soleil, dans une piece seche, en pochettes et en classeurs prevus pour la conservation. Les albums a feuillets autocollants sont a eviter : la colle migre et tache le papier.
L’echange est l’autre moteur de la collection. Les doublons se troquent entre amateurs, lors de bourses ou par correspondance. L’echange permet d’obtenir des pieces locales sans depense et de faire circuler les doubles. Il suppose un inventaire a jour et une description honnete de l’etat des cartes proposees.
La cotation, enfin, reste indicative. Les prix varient selon la demande locale, la mode et la rarete reelle. Un collectionneur qui suit les ventes de sa commune pendant deux ou trois ans connait mieux le marche qu’un catalogue general. Cette connaissance progressive vaut plus que n’importe quelle estimation rapide.
Les erreurs a eviter au demarrage
Acheter sans cadre, empiler sans classer, payer une carte courante au prix d’une rare : ces trois erreurs suffisent a decourager un debutant. Une quatrieme consiste a croire qu’une carte ancienne est forcement une carte de valeur. La majorite des cartes imprimees entre 1900 et 1930 l’ont ete en grandes quantites et se revendent a des prix modestes.
Une cinquieme erreur est de negliger le dos de la carte. Le dos porte souvent l’editeur, le numero de serie, la mention de depot et parfois une date d’impression. Ces informations permettent de dater et de classer, et elles se perdent si l’on ne regarde que l’image.
La filokartie se pratique sur des decennies. Le debutant qui accepte de progresser lentement, avec un cadre clair et un budget fixe, constitue en quelques annees un ensemble coherent, documente et utile a l’histoire locale.
La filokartie mene souvent a d’autres papiers anciens. Une carte postale datee se lit comme une carte geographique : papier, graveur, cartouche. Le collectionneur qui veut dater une piece sans mention d’annee trouve des reperes utiles dans la lecture des cartes anciennes, notamment pour reconnaitre un cartouche et situer un editeur dans son epoque. La page cartes anciennes explique comment lire un cartouche, estimer une carte et replacer Nicolas Visscher dans l’age d’or neerlandais, avec des reperes concrets pour les curieux comme pour les collectionneurs.
