La photographie de voyage consiste a choisir une heure et une meteo avant de choisir un lieu. Un meme site change d’aspect selon que la lumiere est rasante, diffuse ou bleue. La revue Lumieres d’Ailleurs traite ce sujet destination par destination, en associant chaque lieu a la lumiere qui lui est propre.
Pourquoi la lumiere decide-t-elle du cadrage ?
Un photographe qui arrive sur un site a midi, sous un soleil haut, obtient des ombres courtes et des contrastes durs. Le meme site photographie une heure apres le lever du soleil donne des ombres longues, des reliefs lisibles et des couleurs plus chaudes. Le cadrage suit cette difference : en lumiere rasante, on peut inclure le sol et les ombres portees ; en lumiere haute, on cadre plus serre sur les matieres et les textures.
La meteo compte autant que l’heure. Un ciel couvert agit comme un diffuseur geant : il egalise les valeurs, fait ressortir les details d’une facade, mais supprime les ombres qui donnent du volume. Un ciel degage a l’heure bleue, juste apres le coucher, donne un fond froid qui detache les pierres claires. Ces trois situations, lumiere rasante, ciel couvert, heure bleue, se rencontrent partout, y compris en Bretagne.
La revue Lumieres d’Ailleurs classe ses sujets selon ce principe : la technique de prise de vue liee a la lumiere d’un lieu, le patrimoine bati en image, puis les milieux naturels et la vie quotidienne. Elle cite par exemple la lumiere rasante du matin sur les rizieres de Bali, l’heure doree sur les pyramides, l’heure bleue sur les ponts de Paris ou le ciel couvert de Londres. Le meme raisonnement s’applique a une cote bretonne.
Quelles heures choisir sur le littoral breton ?
Sur la cote d’Emeraude, entre Saint-Cast-le-Guildo et le cap Frehel, la maree ajoute une variable a l’heure. A maree basse, le plan d’eau recule et decouvre des rochers, des flaques et des bancs de sable. A maree haute, l’eau monte au pied des falaises et ferme l’horizon.
Pour une plage de la station de Saint-Cast-le-Guildo, la combinaison utile est simple : maree haute et lumiere rasante du soir donnent une surface d’eau qui reflechit le ciel. Maree basse et ciel couvert donnent un sol texture, ou les flaques servent de miroirs secondaires. Il faut consulter l’horaire des marees de la veille, pas celui du jour, pour caler un deplacement.
Le vent compte aussi. Sur ce littoral, une brise reguliere pousse le sable et les embruns. Un pare-soleil ou un chiffon suffit pour essuyer la lentille entre deux prises. Un filtre polarisant reduit le reflet sur l’eau et fait apparaitre les fonds dans les zones peu profondes.
Comment photographier un chateau ou une eglise ?
Le patrimoine bati pose une question de volume. Une tour, un donjon, une nef se lisent mieux quand la lumiere vient de cote. Une facade eclairee de face perd son relief ; une facade a contre-jour devient une silhouette.
Le chateau de la Hunaudaye, ensemble fortifie du Moyen Age situe sur la commune de Pleneuf-Val-Andre, dans les Cotes-d’Armor, presente des tours rondes et des courtines en pierre. En lumiere rasante du matin, les joints des moellons ressortent et les ouvertures marquent des ombres nettes. En ciel couvert, l’ensemble devient plus uniforme : c’est le moment de cadrer serre sur une porte, une archiere ou une cheminee.
Trois reglages aident sur ce type de sujet. Fermer le diaphragme entre f/8 et f/11 garde les lignes droites. Placer l’appareil a hauteur de pierre, pas a hauteur d’oeil, evite de deformer les verticales. Attendre qu’un visiteur traverse le cadre donne une echelle au batiment.
Que faire quand le ciel est gris ?
Le ciel gris n’est pas une raison de ranger l’appareil. Il supprime les ombres dures et permet de photographier a toute heure de la journee. Sur un marche, sous un porche, dans une ruelle, cette lumiere egale laisse voir les visages et les etals sans contraste excessif.
En Bretagne, le ciel couvert est frequent. Il convient aux scenes de vie quotidienne : un marche de bord de mer, un quai de port, une criee au petit matin. Il convient aussi aux sous-bois, ou il evite les taches de soleil sur le feuillage. La revue Lumieres d’Ailleurs traite ce cas avec Londres, ou le ciel couvert fait partie du sujet autant que les batiments.
Deux precautions. Surexposer legerement d’un tiers de diaphragme, car l’appareil a tendance a sous-exposer les scenes grises. Eviter de placer une grande surface de ciel blanc dans le cadre : cadrer plus bas, sur la scene, et garder une bande de ciel reduite.
Comment preparer un itineraire de prise de vue ?
Un itineraire de photographie se construit a l’envers. On part de la lumiere souhaitee, puis on choisit le lieu qui la recevra, puis l’heure, puis le deplacement.
La methode tient en quatre etapes. Reperer sur une carte les sites accessibles dans un rayon court. Noter pour chacun l’orientation : une facade sud est eclairee le matin et en fin de journee, une facade nord reste a l’ombre. Verifier l’heure du lever et du coucher, qui varie d’environ deux heures entre juin et decembre en Bretagne. Prevoir une solution de repli, un site abrite, si la pluie arrive.
Cette preparation vaut pour un week-end comme pour un voyage lointain. Les memes regles servent a photographier les patios d’Andalousie, les temples d’Angkor, les medinas du Maroc ou les jardins de Versailles : reperer l’orientation, choisir l’heure, accepter la meteo du jour.
Quels milieux naturels demandent une autre approche ?
Les milieux naturels imposent parfois une lumiere que l’on ne choisit pas. Un canyon de l’Ouest americain se photographie souvent en milieu de journee, quand le soleil entre dans l’etroiture et eclaire les parois. Un lagon des Caraibes ou de Nouvelle-Calédonie demande un soleil haut pour que l’eau laisse voir les fonds. Une riziere de Bali se lit en lumiere rasante du matin, quand la surface de l’eau renvoie le ciel.
En Bretagne, la vallee de l’Arguenon offre un cas intermediaire. La riviere coule entre des versants boises. Le matin, la brume se leve au-dessus de l’eau et diffuse la lumiere. Le soir, les troncs et les berges recoivent une lumiere chaude. Entre les deux, la vallee reste sombre et les contrastes sont faibles.
Un dernier point concerne le materiel. Un objectif standard couvre la plupart des situations de voyage. Un trepied leger sert pour l’heure bleue et les poses longues. Un chiffon et un sachet etanche coutent peu et sauvent une sortie sous la pluie.
La photographie de voyage ne depend pas du nombre de lieux visites. Elle depend de l’accord entre une lumiere, un lieu et une heure. Cet accord se prepare, se verifie sur place et se corrige au moment de la prise de vue.
La lumiere change aussi selon le lieu ou l’on dort. A Santa Fe, au Nouveau-Mexique, une page du site presente un hotel independant a Santa Fe, ex-Camel Rock, avec des reperes sur l’hebergement, les saisons et les acces. Pour un photographe, ces elements comptent : une chambre exposee a l’est ne se prepare pas comme une chambre a l’ouest, et la periode de l’annee modifie la hauteur du soleil. Noter ces donnees avant le depart aide a choisir ses horaires de prise de vue et a composer avec la lumiere sur place.
